
Sublime pièce de théâtre qui nous a été présentée au Théâtre de la Commune. C'est la première fois que je m'y rendais, sûrement pas la dernière. Pour ceux qui ne
voudraient pas s'aventurer trop loin sachez que c'est à peine à 5 minutes du Métro et que le théâtre met à disposition une navette gratuite pour revenir sur Paris à l'issue de la représentation.
Il n'y a pas à hésiter surtout lorsque l'on vous présente pour un prix ridicule par rapport à d'autres théâtres parisiens une pièce de cette qualité.
L'Orestie où Agamemnon, Les
Choéphores et Les Euménides d'après Eschyle avec une traduction de Daniel Loayza et une adaptation et mise en scène de David Géry. Pour ne rien vous cacher c'est la lecture d'un article de Martine Silber dans
l'édition du 11 décembre dernier dans le journal Le Monde qui a eu raison de moi et heureusement. La trilogie antique qui ne représente rien d'autres que la naissance de la démocratie nous
interroge à la fois sur le passé avec la force tout à fait incommensurable du texte, de l'homme (Eschyle) et des paroles dites. Le présent se juxtapose ici pour nous renvoyer vers nos
institutions, notre société dans laquelle la Justice doit reprendre ses droits, son indépendance et sa force de probité qui souvent lui échappe de part le rallongement des procédures, des erreurs
et autres difficultés inhérentes à notre espèce mortelle.
Avec Agamemnon, c'est un passé guerrier magnifique qui ressurgit avec la prise de Troie. Elle sera de courte durée cette victoire de 10 ans, la lame de Clytemnestre s'abat a plusieurs reprises
sur son torse et le voilà aux portes de l'enfer, lui le valeureux guerrier qui avait sacrifié telle une chèvre sa filleIphigénie pour plaire aux dieux. La vengeance de Clytemnestre, c'est la
vengeance de la mère sur sa fille accompagné dans sa sarabande d'Egisthe le neveu d'Agamemnon en souvenir d'un repas funeste ou son père mangea sans le savoir les chairs de ses enfants égorgés.
Juste retour de bâton mais dans cette spirale infernale, où s'arrête le cycle interrogeEschyle . Le conseil ne sait trancher et c'est la tyrannie qui s'installe au Palais. C'est sans compter sur
l'oracle et la venue tant attendued'Oreste , le fils vendu qui revient vengé le meurtre de son père auprès des amants réunis qui règnent en maître absolus. C'est avec le concoursd'Appolon, qui
est le coeur de Zeus , de par qui sa volonté se fait mais dans la nuit grecque, le matricide est un crime qui ne peut rester impuni car dans la nuit veille lesÉrinyes, déesses vengeresse. C'est
sans compter sur la sagacité d'Appollon qui permet pour un temps à Oreste de s'enfuir et d'aller se présenter devant Athéna elle-même afin que l'infernal cycle de la vengeance s'arrête, c'est là
qu'Athéna fait appel au jugement du tribunal des citoyens grecs (Aréopage) et qu'Oreste est épargné; de cette date, les Érinyes deviennent les Euménides (les bienveillantes). La Justice dans la
cité sera dès lors rendu de cette manière, ni anarchie ni despotisme, " la création d'une justice faite par les hommes pour les hommes" est un peu le
message que par delà les siècles voulait faire passer Eschyle.
La mise en scène proposé par David Gery allie modernité et aspects contemporains de manière dosée et subtile et l'antique devient presque familier, l'histoire grecque revient à notre esprit
rapidement, expliqué de manière simple et limpide; le texte est là pour s'assurer de cette force, de cette vitalité qui lui est propre, la densité du propos et des enjeux sousjacents renforce
d'autant plus le discours. J'avais lu il y a longtemps maintenant Eschyle ou l'éternel perdant par Ismail Kadaré, je vais essayer de voir s'il n'y a pas d'autres écrits intéressant sur cette
homme qui déjà dans les années 500 avant Jésus-christ avait compris nombre des enjeux à la fois sociétal et politique propre au monde des hommes.
Emporté par une troupe multiple et variée alliant jeunesse et expérience, j'ai été sous le charme de Clytemnestre, d'Egiste, d'Appolon et surtout d'Orete qui par sa gestuelle et son jeu complexe
dans un rôle des plus difficile réalise une très belle performance mais il ne faut pasoublir le reste de la troupe avec Maurice Bénichou, Bruno Blairet, Mounya Boudiaf, Célia Catalifo,
Caroline Chaniolleau, Yann Collette, Sylvain Dieuaide, Sarah Gautré, Laëtitia Guédon, Ivan Hérisson, Arthur Igual, Keren Marciano, Véronique Sacri, LouWenzel et Alexandre Zeff. On notera
également, " la scénographie de Jean Haas [qui] fait déplacer les personnages devant deux lourdes portes simulant la
pierre qui s'ouvrent, se ferment, dissimulent le palais, la ville ou ses faubourgs" très sobre et réussie.
Pour ceux qui ont un peu de temps, lisez l'Orestie, en achetant le livre ou en lisant sur Google Books la version numérisée de l'oeuvre de De
Aeschylus, Paul Mesnard en date de 1863.
Voilà, vous l'aurez compris, c'est une pièce à ne pas manquer, pour ceux qui ont une peu de temps, prenez le, elle ne se joue que jusqu'au 21 décembre prochain mais cela vaut vraiment la peine et
sinon, il faut espérer qu'elle tourne en France pour que vous puissiez en profiter .
Pour plus de renseignements, le site internet du Théâtre
de la Commune sur lequel vous pouvez voir une vidéo de la représentation.
Jeudi 20 décembre 2007
4
20
/12
/Déc
/2007
08:31
-
Publié dans : Théâtre & Opéra & Spectacles
-
Par Herwann PERRIN
Réactions