En lisant l'hommage rendus aux justes de France le 18 janvier dernier (entrée des troupes soviétiques dans le camp d'Auschwitz) en inscrivant au Panthéon et la plaque commémorative qui indique : "Sur la plaque on peut lire le texte suivant : Sous la chape de haine et de nuit tombée sur la France dans les années d'occupation, des lumières, par milliers, refusèrent de s'éteindre. Nommés "Justes parmi les nations" ou restés anonymes, des femmes et des hommes, de toutes origines et de toutes conditions, ont sauvé des juifs des persécutions antisémites et des camps d'extermination. Bravant les risques encourus, ils ont incarné l'honneur de la France, ses valeurs de justice, de tolérance et d'humanité"; cela m'a fait penser à l'affiche Rouge et au sublime poème de Louis Aragon en hommage à ceux et celles qui déjà s'était levé contre la tyrannie et l'oppression.
L'Affiche rouge
Vous n'avez réclamé la gloire ni les larmes Ni l'orgue ni la prière aux agonisants Onze ans déjà que cela passe vite onze ans Vous vous étiez servi simplement de vos armes La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans.
Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants L'affiche qui semblait une tache de sang Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles Y cherchait un effet de peur sur les passants
Nul ne semblait vous voir Français de préférence Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant Mais à l'heure du couvre feu des doigts errants Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents. Tout avait la couleur uniforme du givre A la fin février pour vos derniers moments Et c'est alors que l'un de vous dit calmement Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand.
Adieu la peine et le plaisir adieu les roses Adieu la vie adieu la lumière et le vent Marie toi sois heureuse et pense à moi souvent Toi qui va demeurer dans la beauté des choses Quand tout sera fini plus tard en Erivan
Un grand soleil d'hiver éclaire la colline Que la nature est belle et que le coeur me fend La justice viendra sur nos pas triomphants Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant
Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant.
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Excellente idée de donner l'affiche rouge à (re)lire dans la basse époque où nous nous démenons. Contribution: ce texte de René Char, écrit (mais non publié) durant la résistance où il dirigeait les maquis du Sud:
"AUX PRUDENTS: Il neige sur le maquis et c'est contre nous chasse perpétuelle. Vous dont la maison ne pleure pas, chez qui l'avarice écrase l'amour, dans la succession des journées chaudes, votre feu n'est qu'un garde-malade. Trop tard. Votre cancer a parlé. Le pays natal n'a plus de pouvoirs.
Feuillets d'Hypnos (1943-1944). Dans Fureur et Mystère, Gallimard/poésies/nrf, p. 22.
Commentaire n°1
posté par
François Perrin
le 04/02/2007 à 20h58
Merci pour ce moment unique t ce poème d'Aragon chanté par Léo Ferré, poème que je ne connaissais pas, beaucoup d'émotions !!!
Commentaire n°2
posté par
stephan
le 03/02/2007 à 21h53
"AUX PRUDENTS: Il neige sur le maquis et c'est contre nous chasse perpétuelle. Vous dont la maison ne pleure pas, chez qui l'avarice écrase l'amour, dans la succession des journées chaudes, votre feu n'est qu'un garde-malade. Trop tard. Votre cancer a parlé. Le pays natal n'a plus de pouvoirs.
Feuillets d'Hypnos (1943-1944). Dans Fureur et Mystère, Gallimard/poésies/nrf, p. 22.