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      Eh bien pour tout dire, très déçu me voilà, j’ai quand même terminé le bouquin mais si j’avais vraiment adore la machine é écrire du même auteur, je n’ai rien retrouvé dans la femme de l’analyste qui me laisse sourire un tant soit peu ni même me laisser prendre au jeu sauf peut être, il faut l’avouer que c’est un livre qui s’écrit en se racontant et que l’histoire que vous lisez est celle du roman, cela c’est vrai c’est beau et bien amené mais le sujet est loin d’être palpitant, vous me direz quoi de plus normal avec un écrivain en panne d’inspiration qui décide bon an mal an de trouver une solution en allant voir un analyste et que cette solution se pourrait être qui ? eh bien vous l’aurez deviné, la femme de l’analyste bien sûr…   Préférez plutôt la machine à écrire pour débuter du moins…   Lisez une petite interview ici   L’écriture est destruction de toute voix, de toute origine. L'écriture c'est ce neutre, ce composite, cet oblique où fuit notre sujet, le noir-et-blanc où vient se perdre toute identité, à commencer par celle-là même du corps qui écrit." (Barthes, La Mort de l'auteur).
Ven 17 fév 2006 2 commentaires
votre critique  rejoint celle d'autres lecteurs. Je me permets de vous faire parvenir mon propre commentaire sur ce roman , en me plaçant dans le registre du rêver-vrai .


La parole aux fantasmes


 


L’Auteur a parlé, haut et fort.  Nous avons tous entendu. Je résume.


Il est en panne d’inspiration, il se morfond dans la vie et dans son couple, alors  il se traîne jusqu’au divan d’un psychanalyste, qui devient « son» analyste. Il retourne s’y allonger deux fois par semaine durant des mois, des années, faut le temps, on sait ce que c’est de sonder et démonter sa mécanique avant de la remonter et de la regraisser.  Mais ouf, il l’a échappé belle, il n’en a pas pris pour quinze ans : en trois ans c’est bouclé, il retrouve la sérénité, l’espérance et tout le toutim et surtout, surtout : son panache, sa plume. Et quelle plume ! Vive, primesautière, légère, vigoureuse et distinguée : une plume ornée en vérité de tous les attributs de la femme idéale, doesn’t it ? comme il dirait lui même car de plus il sait la tremper (sa plume) dans les encres étrangères.


Ça a marché pour sûr cette belle analyse là. Car en chemin il a fait la rencontre avec un grand R, fantastiquement fantasmatique. Il a croisé une femme. Pas n’importe laquelle. La plus désirable. La plus interdite. La plus magique. La plus invisible. La Femme. La femme de son analyste. Sa Fantasmette,  comme il se  susurre. Il la renifle par tous les bouts. Il l’imagine sur toutes ses coutures. Il la suit à la trace. Il la poursuit jusqu’au fin fond de son île frisonne au milieu de la mer froide. Et par chance. Il est veinard l’animal. Non seulement il ne tombe pas à l’eau. Mais encore. Il ne la voit pas avec ses cônes et ses bâtonnets. Il ne la touche pas avec ses corpuscules tactiles. Pire. Il la capte en direct de sa cervelle animale. Son cortex limbique s’agite puissance dix, s’affole, n’en peut plus. Le malheureux archencéphale est proche de l’implosion. Ça grouille d’informations, ça stimule en tous sens. Ça grésille.  Ça fourmille. Les neurones s’excitent et dégoulinent de miel. La mémoire se gave. L’appétit, l’attirance, la satisfaction sont au maximum. Il est bien. Aussi heureux qu’un bébé crocodile repu au soleil. Alors, que demander de plus ?


Justement, il ne demande plus rien. Il retourne au bercail, plein comme un oeuf. Il va briser sa coquille. Il va se pondre. Il va écrire. Hip hip hip hourra ! La femme de son analyste se couche docile sur le papier avec une aisance qui le subjugue. Il tapisse son lit douillet de discrets ornements littéraires, autant d’appels et de clins d’oeil à la famille des lecteurs (lettrés). Et voilà. Il n’a plus qu’à attendre les bravos.


Son précédent livre, il avait mis vingt ans à l’achever. Vingt ans ! Une génération. Son premier livre dix ans à l’écrire. Un bail. Il ne rêvait pas tous les jours à l’époque !


Cette fois, grâce à sa Fantasmette merveilleusement inaccessible, en quatre mois il est allé au bout du bout de son livre. Incroyable mais vrai ! Quatre mois d’une seule traite, d’un seul souffle ! Il n’y a pas à dire, le désir ça dépote !


Pour la peine, dans la vie, il peut tout supporter. Le moins fantastique, la soupe obligatoire, avec ou sans grimace, la bile de foie de morue, les pans pans cul cul. Tant pis si on lui coupe ses petites initiatives. Peu importe que son collier soit resserré de plusieurs crans et sa laisse raccourcie.


Ce n’est que le réel. Plus que jamais il sait qu’il n’habite que ses rêves.


Pour écrire, il a toujours été prêt à tout. 


 


C’est moi qui parle, c’est moi qui raconte.  Je vois tout.


Ça vous dérange  que je rapporte? Vous avez envie de prendre la parole ? C’est possible, vous savez. Allez courage, L’Auteur ne s’est pas débiné, lui. Tout peut-être dit. C’est à votre tour. Alors qui ? Ah ! C’est bien, allez y.


 


Je suis la Viande- Hachée. Je devrais être morte. Mais je vis encore. La Viande hachée qui vit encore, je sais, c’est proprement dégoûtant. Ces bouts de viande saignante qui laissent des traînées partout où ils passent. Ces tortillons qui grouillent comme un tas répugnant de vers rouges. Cette masse collante, parsemée de morceaux durs et blancs, brisures d’os ou de nerfs difficiles à avaler, qui s’obstine à palpiter comme un coeur. Je suis la Viande Hachée par des mots. Voilà le problème. Les mots ne font pas de quartier. Ils tranchent en gros, puis mélangent tout. Le dur à cuire et la tendre cervelle. Les mots laminent. Ils pressent sur le coeur avant d’étrangler ou de briser la nuque, juste ce qu’il faut pour ne pas achever, pour laisser en vie. Alors cruels, ils assomment ou aplatissent avant de se mettre à découper. Les mots ont horreur de tuer un bon coup. Ils préfèrent cent fois, cingler, frapper avec des plumes aussi douces que celles des anges, avant de s’emparer de lames aiguisées et subtiles. Mais tout ça, dans l’air, dans le vent de l’imaginaire. Les mots sont très rusés, très fins et portent en eux la plus longue de nos expériences : celle de l’humanité. C’est ainsi qu’ils agissent les mots, mine de rien, impunément, avant de retourner d’où ils viennent. Qui pourrait les accuser ? Qui chercherait à les débusquer ? Ils n’ont plus qu’à se retirer après leur forfait dans leurs coulisses tièdes ou torrides et le tour est joué, pas vu pas pris.  Ils ne sont que des mots. Et pourtant !


Sans compter que pour un oui pour un non ils se mettent à ressurgir, à me bourdonner autour, comme des mouches, harcelants : diaboliques.


 


Je vois que L’Auteur fait la grimace. La Viande hachée ne le laisse manifestement pas indifférent.


 


Pouah ! Beurk ! Vous êtes répugnante. Vous allez me faire vomir. Le stylo m’en tombe des mains. Poussez vous de là. Je ne voudrais pas vous marcher dedans. Vous ressemblez à de la bouse de vache folle après un grand gueuleton où elle vient de boulotter ses semblables.


 


Désolée, mais qu’y puis-je ? Je vous avais prévenu que ma vision est infâme. Tous ces lambeaux rougeâtres. Comment me reconstituer ? Je ne sais pas par quel bout me prendre. Peut-être que d’autres mots...Vous pourriez faire quelque chose ? Et puis, excusez mon audace, je vous trouve un peu gonflé, vous ne manquez pas d’air de me traiter de bouse, c’est pas très charitable de votre part, surtout. Mais aussi, avec tout le respect que je vous dois : si je suis bouse, vous récoltez le rôle de vache, monsieur l’Auteur.


 


Alors là c’est le bouquet ! Je n’ai rien à voir avec vous, moi. Que racontez vous là ? Je ne vous connais pas. Je ne vous avais jamais vue. Non seulement vous me soulevez le coeur par votre allure de vomissure ou de déjection cannibale, mais vous êtes mythomane, complètement givrée. C’est quoi ce délire !


 


Il faudrait que j’intervienne. Je le sens bien. Pas facile. Ho la la ! Médiateur entre Auteur et Viande Hachée, compliqué ! Ça me dépasse. Mieux vaut me taire et regarder.


 


L’Auteur grommelle, s’insurge contre cette chose ignoble qui profère de tels abjects sous- entendus. Puis il secoue la tête, court se laver les mains, se frotte les yeux avant de se les cacher. Il se tourne vers Fantasmette mais la belle a fichu le camp bien sûr, elle fait la fête aux enfers avec les Aurélia, les Gradiva, et autres Hélène. Il s’interroge : peut-être aurait- il mieux fait de la garder au chaud plutôt que la lancer si vite en plein jour à la face des lecteurs en la  faisant jouer L’Arlésienne ? Mais non, qu’elle rejoigne les brumes, rien à regretter. L’essentiel : plus question de reprendre pension sur un divan, de pédaler dans sa choucroute avec un mec qui écrit dans son dos. Plus jamais. Désormais, il peut se débrouiller tout seul. Il est guéri, archi guéri, plus d’angoisses, plus de pages blanches, il se sent aussi fort et expert qu’un grand chasseur de papillons. Les idées, les pensées apparaissent et virevoltent à loisir. Il suffit de se laisser aller et les voilà qui rappliquent. C’est alors un jeu d’enfant de lancer le filet pour les capturer en plein vol. Des histoires à raconter, il en a déjà plein sa musette, prêtes à être épinglées entre les pages de livres à écrire. Après, tout n’est plus que question de style, de cuisine et là nul problème. Il connaît les recettes.


D’ailleurs, il tient déjà la trame de son prochain texte : un riche amateur de masques africains, qui se mue en collectionneur de faux en tous genres et qui décide de fonder un musée de la supercherie géniale, après sa rencontre avec une femme étonnante, qui lui a fait cadeau, avant de disparaître mystérieusement, du faux certificat d’authenticité d’un vrai tableau de Corot. Waou. Il jubile par avance, à l’idée de mettre en forme et en ordre cet imbroglio contemporain. L’Europe, l’argent, la guerre, l’Afrique, l’art, la vanité et tous ses mirages seront au centre de cet ouvrage, sans compter l’amour bien sûr. Il devra, avec esprit et formules percutantes, amuser et séduire les lecteurs, tout en abordant par l’anecdote, les douleurs éternelles du monde. Au passage, il mettra à l’honneur un thème qui lui tient à coeur : le vrai, le faux, le mensonge et la vérité. Depuis toujours les faussaires, les escrocs, les mystificateurs,  les fabricants de fausse monnaie, les habiles créateurs de merveilles antiques, les auteurs de fausses archives ou de somptueux canulars le fascinent. Il a une tendresse toute particulière pour les  fausses bulles papales, les impostures littéraires et adore les rocambolesques pieds de nez des nouveaux  pillards informatiques. Il y a trois quatre ans, fin 2000 peut-être, il a suivi avec passion les exploits frauduleux de Shinichi Fujimura, cet émérite archéologue japonais qui a fait découvrir à ses pairs de nombreux outils du paléolithique qu’il avait enterrés lui même. D’ailleurs, dans son futur livre, le clou du musée conçu par son personnage sera une grosse esquille de bois joliment vermoulue : le seul morceau au monde de l’Arche de Noé mis à jour par un célèbre contrefacteur du 19 ème, Stephen Van Robber.


 


Et bien ! L’imagination de l’Auteur a subi un sacré coup de Destop.  


Le voilà débouché. Ça bouillonne pour lui. Il va brouillonner.


Je vois bien qu’il est branché en direct sur ses turbulences internes (fertiles). Mais le voilà bien bavard. Il prend toute la place. Il n’y en a que pour lui. Je me dois de le stopper.


Dites monsieur l’Auteur, désolé, mais je dois vous interrompre, d’autres que vous aimeraient sans doute s’exprimer.


 


Bien entendu, tout à fait légitime, répond l’Auteur, en se recalant dans son siège. Il allume, l’air désinvolte, une élégante cigarette et s’entoure d’un nuage de fumée.


 


Qui veut ? Hanter ? Surgir ? Envahir ? Témoigner ? Vous ? C’est bien. Allez-y, on vous écoute.           


 


Je vais vous paraître ridicule. Je ne sais pas par où débuter. Je ne suis pas de vos mondes .Je suis étrangère. Je ne sais pas écrire. Je ne connais pas vos langues. Et puis j’existe avec mon corps. Je crains d’être lourde ou opaque. C’est le problème. Je ne suis pas un fantasme. Ni un fantôme. Je crois que je suis vivante. C’est le mal qui me le dit. La douleur partout. Dans les côtes et dans le dos. Dans la poitrine aussi. Je voudrais bien être un fantôme. Avoir les larmes figées. Le sang coagulé. Les plaies desséchées. Et puis voler, planer, transparente. Si j’étais fantôme, peut-être que je pourrais écrire des mémoires posthumes. J’écrirais avec mes yeux qui se tourneraient vers le ciel ombrageux. J’écrirais avec mes oreilles encombrées de silence. J’écrirais avec ma bouche terreuse et mes lèvres cruellement bâillonnées. J’écrirais avec mon coeur éclaté par l’énigme. J’écrirais jour et nuit, car il n’y aurait plus de jour ni de nuit. J’écrirais pour vivre ma vie de morte. La souffrance ne serait que souvenir. J’écrirais. Même si tu ne me lisais pas. Je t’écrirais donc, à toi, L’Auteur.  


Mais hélas, je ne suis ni fantasme, ni fantôme, j’ose le répéter. Je m’adresse  donc à toi, avec ma langue noirâtre et ce couteau fiché de ta main en mon coeur (je ne peux faire autrement, je ne peux, répétais-tu, en l’enfonçant). Je ne connais pas ton analyste et je ne suis pas ton fantasme. Je partage ta réalité. Ta femme de l’analyste est un jeu littéraire, une de ces fictions que tu mènes tambour battant. Chapeau ! Mais vis à vis de moi ce jeu est lugubre et cynique. Peut-être, ai-je alimenté des années durant, si j’en crois tes aveux essoufflés et bien réels, tes rêveries chaudes d’homme frustré. Mais notre lien lui, n’est pas chimère. Introduisons le passé si tu veux. Tu n’étais pas vélo quand je t’enjambais. Ton corps. Sa forme. Sa douceur. Son poids. Son odeur. En moi ils sont là. Au passage, tu te gorgeais de mon énergie amoureuse et utilisais des heures mon écoute psy sans me payer le moindre honoraire, en as d’une grivèlerie peu ordinaire. Etais-je moins chère ou plus chère que ton analyste ? Tu ne m’as même pas offert le fruit de nos découvertes fulgurantes et de leur massacre : ce livre. N’y aurait-il pas de petit bénéfice, pour toi ? C’est trop chiche. Je n’aime pas te voir en pleure-misère. Quelle tristesse de te découvrir plus friand d’honneurs et d’oboles aux dieux du marketing que sensible amateur de vie et de littérature !


Cependant laissons ces sujets scabreux. Je ne veux pas ressasser la laideur remarquable de ta méthode d’élimination après usage. Non. Je ne prends la parole que pour te remercier. Copieusement. Tristement. Le plus sincèrement possible. Tu me reconnais bien là, j’en suis sûre. Je ne parlerai pas avec amertume. Je parlerai avec ton langage : je vais être contrainte de te plagier. Dans notre univers nous parlions la même langue, celle qui n’a pas de prix. N’est-ce-pas ?  


 


Elle s’interrompt. Blême et rougissante. Elle s’excuse de tant dire : cela fait des mois qu’elle n’a pas pu prononcer un mot. Sa langue douloureuse se délie. Tous les fantasmes sont aux aguets. L’Auteur transpire à grosses gouttes. Elle reprend.


 


Merci pour toutes tes lettres.  Merci pour ces missives qui ont porté l’amour sur les ailes des mots. Elles ont traversé le ciel et l’océan. Elles se sont frottées au mystère, à la mort. Elles ont interrogé nos inquiétudes et nos sentiments du merveilleux.


Merci pour ta respiration palpitante au coeur de notre révélation (que tu honorais d’une majuscule, tu affectionnes les  grands R).  Merci pour ces rayons de lumière qui commençaient par : du coeur, je t’écris, du sang qui bat aux tempes...Les entrelacs de ton être te permettaient soudain d’exprimer l’indicible beauté, l’ineffable surprise de la vie. Tu sanctifiais l’expérience. Tu écrivais proche de ton coeur intime en prière. Tu étais affranchi de toute lourdeur conformiste, de toute recherche du résultat. Tu célébrais le temps et l’éternité. Tu donnais vie à l’humour. Tu faisais oeuvre. Poussé par l’évidence et l’espérance, tu voyageais dans tes mots : écrivain au meilleur de toi même, tu frisais l’excellence. D’ailleurs en parallèle, tu terminais à tire d’aile trois ouvrages en trois mois, en m’en remerciant, me qualifiant d’oxygène, comme si j’y étais pour quelque chose !


 


Merci donc, pour toutes ces lettres d’hier qui  ont gravé le vent des jours et le goût de nos baisers en signes sur la pierre.  Ils demeurent.  Aujourd’hui tu récidives. Mais ton art farde et travestit à la perfection. Les autres n’y verront que du feu. Du bon boulot de romancier. Que ne donnerais-je pour t’arriver à la cheville dans ce registre là ! Mais chacun à sa place : c’est toi l’Auteur et moi l’objet refoulé qui tente de rester debout contre vents et marées.


 


Merci. Ton livre est arrivé à point pour me rassurer sur ton amour plus enfoui que jamais, à temps pour me redonner le goût des couleurs d’automne et des noisettes des bois, l’envie de sourire, l’envie de rire. J’ai adoré te revoir aux prises avec les autres psy, celui qui te paye et celui que tu payes, tu les décris toujours avec ta  désopilante insolence. Tu es irrésistible et magistral : te faire prendre à toi même des vessies pour des lanternes, claironner le succès de ta cure en appliquant en douce les arcanes de la méthode Coué. Quel brio ! Et puis en fin de compte elle me plait et m’attendrit cette image de la pauvre Bicyclette, attachée à la rambarde, qui rêve d’être chevauchée par sa maîtresse. Cette figure de la Rampe  cruelle ! Du grand comique, un peu raide ou grinçant à mon avis, je préfère mes rôles. Et cette étiquette molle et pendante collée sur la sonnette, précisant le nom de ta geôlière. En te lisant, je me suis revue au jardin du Luxembourg, te souffler timidement entre deux regards énamourés : tu sais, pour avancer d’un grand pas dans ton parcours d’écrivain, tu devrais oser t’exposer davantage dans tes livres. Je ne croyais pas que tu ferais si fort dans ce sens, dès le suivant. Tout y est ! 


J’en arrive donc au plus émouvant.


Merci de m’installer en plein centre de ta recherche (comme pour rappeler les mois de la nôtre) aux seules pages de ce livre miroir où ta vie s’active, pétille, flamboie, avant de se rengrisailler. Les lecteurs ne s’y trompent pas.  Lis leurs commentaires.  Sur Internet.  Merci de me créer magicienne : réussir l’exploit de t’amener à liquider en trois mois les tourments qui te tarabustent depuis plus de cinquante ans ! Si j’avais le même talent avec mes patients, je ne saurais plus ou donner des yeux de la tête et du contre-transfert, de longues files se bousculeraient pour venir se confier à moi !  Merci de me rebaptiser pure jeune fille des alpages, familière de sommets si proches du ciel. Bonne idée  quand même les Alpes : moins  inatteignables que l’Himalaya sur lequel tu me juchais l’été dernier. Ah ! Tous ces livres d’Heidi qui ont accompagné mon enfance ! Le pays de Heidi, le sourire de Heidi, Heidi grand-mère et tous les autres. Je suis allée les rechercher dans le grenier de mes parents et je les relirai en pensant à toi qui rêve : je te retrouverai plus vrai que jamais en ouvrant leurs couvertures éclatantes de ciel bleu.


Mais je dois évoquer ce qui m’a fait le plus ... et là, je n’ai pas de mots. Le son de ta voix, tes paroles, qui livraient (délivraient comme pour moi seule) ton amour interdit, sur les ondes, en plein midi, aujourd’hui même. Ça s’imposait à toi, dirait-on, comme en séance d’analyse. Quelle émotion de  t’entendre dire que l’Arlésienne était en vérité au coeur de ton livre le sujet essentiel, et que tu l’aurais volontiers couchée sur le divan avec toi. Me voilà toute troublée, les larmes me montent aux yeux de joie et de chagrin au souvenir de cette Arlésienne impossible à posséder mais aimée à en mourir, éternelle.


 


Elle se tait. Je comprends que c’est fini pour l’instant.


Inutile d’attendre d’autres interventions. Ni de la Bicyclette, ni de l’Arlésienne, ni de la Viande hachée, ni de toutes ou tous les autres, tous ces doubles qui ont pris ou non la parole.


 


L’assemblée de fantasmes est pétrifiée, saisie de silence. La lumière du réel les éblouit, les effraye comme vampires au petit jour. Chut, se disent-ils les uns aux autres.  Evanouissons nous, retournons, nous blottir au fin fond de l’esprit de l’Auteur, là où demeure obscure l’insaisissable vérité.


Cherchant à regagner tous ensemble leur ténébreux séjour, ils se bousculent, se piétinent, se frottent les uns aux autres et tels des électrons sauvages ils produisent une formidable décharge qui réveille l’Auteur dans une étreignante angoisse.


 


J’ai rêvé, pense-t-il en frissonnant, le corps en sueur, la respiration oppressée.  Mais de quoi ? Zut, ça m’échappe.  Il se frotte les yeux, ses mains sont humides. Il allonge ses bras au milieu de son corps, il sent avec ses doigts son pyjama tendu.  Il se tourne sur le ventre, puis sur le côté et se recroqueville en boule.


Il doit se rendormir, se renfoncer dans la nuit profonde.


Le matin, au réveil, quelques bribes de rêve s’accrochent à sa conscience. Des colonnes dans la pénombre. Comme une odeur d’encens qui flotte. Des roses  brisées. Une boîte. Des roses  allongées dans la boîte. Des roses blanches. La boîte est blanche aussi.


L’encens émerge à nouveau et se met à sonner « en-cens » puis « sens » puis « sans »et « sang ». Odeur de sang. Alors, en un éclair, le songe se reconstitue. Il voit la scène. La chapelle. Le petit cercueil blanc dans le choeur près de l’autel. Les roses blanches, une seule rouge, comme éclatée. Des pétales rouges comme de grosses gouttes de sang, des larmes répandues autour des roses blanches. C’est net maintenant : les roses blanches ont  la tête fléchie sur leurs tiges cassées, en guise de feuilles, des ailes minuscules. Les roses. Les roses mortes. Les roses. Les roses. L’éros.


 


Il sait alors que son psy lui dira encore et encore : à la semaine prochaine, même jour même heure.


Il sait qu’il n’a pas fini d’écrire : Eros massacré par Thanatos.


 

heidi - le 04/03/2006 à 18h51
BOn je crois qu'il va falloir que je revienne là-dessus la nuit est trop avancée pour que le rêveur que je sois se réveille à bientôt pour revenir sur ce post inter-blog, je me demande ce qui se cache derrière tout cela si sens caché de part et d'autres il y a d'ailleurs, la lumière du soleil de Mars m'éclairera ...
herwann - le 05/03/2006 à 02h36